Le cénacle d’Athènes

JEAN HORMIÈRE

Pendant le séjour d’Athènes, chaque jour, les participants au voyage se sont réunis, pour deux-trois heures de “cénacle” à la roumaine. Lectures, exposés et communications, débats et  animation musicale, le tout dans une atmosphère à la fois studieuse et chaleureuse.

Il y a donc en plusieurs lecteures; le 19 août, en situation, lors de la principale visite d’Athènes, quelques pages de Camille Mauclair, contemporaines d’Istrati, ont apporté un contrepoint intéressant, une écriture artiste à l’opposé d’une sensibilité naturelle et passionnée; le lendemain, quelques pages de “Méditeranée” ont été lues dans les trois principales langues des participants (le français, le roumain et l’italien); le 21, à l’Ambassade Roumaine, l’acteur Mircea Albulescu a lu une partie de la correspondance Istrati-Kazantzakis, en compagnie de Camelia Stānescu. A ces lecteures proprement littéraires ont fait écho d’autres lectures, plus sponranées; deux jeunes Roumains ont lu des extraits de leurs “Impressions de voyage”, Cristian Biru s’attachant plus particulièrement à l’arrivée en Grèce et à la découverte de l’Acropole, Peter Shrager, lui, aux étapes des Thermopyles, de Mycènes et du Cap Counion.

Onze communications se sont succédées, pendant ces journées d’Athènes, impliquant tour à tour professeurs, étudiants et lycéens partis “sur les traces de Panait Istrati”.

Nicoleta Mihalache, élève de Ie au Lycée Bālcescu de Braila, a traité de “La quête de l’absolu” chez Istrati.

Florin Mitrea, élève du même lycée, a comparé Istrati et Camus, en puisant quelques éléments d’interprétation  chez Mircea Eliade. Maria Cogālniceanu , professeur dans ce lycée, s’est intéressée aux figures différentes et pourtant amies de Panait Istrati et de Nikos Kazantzakis.

Maria Brāescu, de l’Université de Bucarest, a développé la thématique de la Méditerranée dans l’oeuvre de l’écrivain. Jeanne-Marie Santraud, professeur à la Sorbonne, a pris l’exemple des écrivains nord-américains pour traiter de la problématique du choix  d’une langue d’écriture non-maternelle.

Ces cinq communications ont constitué la premiere sèance des  travaux.

La deuxième séance a permis d’entendre Alexandru Leonte, élève de Ie à Bucarest, qui s’est interrogé sur le projet d’Istrati dans “Méditerranée”, à partir des premières pages du livre; Bogdan Dumitrescu, étudiant à l’Université de Bucarest, questionnant le problème de la liberté dans la vie et l’oeuvre d’Istrati; Irina Stejar, étudiante à Iaşi, évoquant le thème de l’eau par la mythologie; enfin, Liliana Şomfālean, professeur au lycée Eminescu de Cluj, a traité de “Panait Istrati et l’idée européenne”.

La dernière séance a compris deux communications;

Serguéi Féodossiev, professeur et chercheur en Ukraine, a fait le point sur ses découvertes dans les a rchives de l’ex-URSS, concernant le voyage en Russie de Panait Istrati;

Jean Hormière, profeseur à Strasbourg, est revenu sur le parallèle “IstratiKerouac”.

Signalons enfin que trois des étudiantes italiennes de Trieste qui participaient au voyage ont animé une discussion-analyse de texte, à partir d’une page significative de “Méditerranée”.

Cette analyse a permis un début fructueux, quoique difficile, qui a révélé les différences de méthode avec la partie roumaine, plus séduite immédiatement par des interprétations d’ensemble qui font la part belle à la philosophie et à la mythologie – alors qu’italiens et Français sont plus intéressés par une analyse serrée du style.

La discussion a rebondi plusieurs fois sur la légitimité des comparaisons (avec la communication sur Camus, mais aussi suite a celles concernant les écrivains américains); sur le nom du héros dans l’oeuvre (“Zograffi”) et, de là, sur la question du portrait ou de l’esquisse des presinnages d’Istrati; sur l’espace méditerranéen istratien, sa dimension initiatique possible.

Sur ces points et sur d’autres, prolongeant les soirées de ce “cénacle d’Athènes” qui, dans un programme où les visites sur le terrain occupaient par la force des choses une bonne part des journées, a permis de ressaisir la réflexion, d’accepter les diférences et de mieux fonder le groupe jusqu’à la fin du voyage.

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